Stop au Tag
« Stop au tag », voilà ce que l’on peut lire sur des panneaux d’information situés dans les rues de Dax. Le tag, plaie du paysage urbain, nourrissant les sentiments d’insécurité, dégradant le cadre de vie des habitants, devient une cible. Cette opération anti-tag précède une autre campagne, un peu plus artistique, souhaitant proposer l’art du graff aux habitants via d’anciens panneaux d’élection peints par des artistes. Démarche honorable mais encore trop édulcorée : afin de justifier le caractère négatif du tag on propose aux gens de superbes fresques colorées. Les collectivités locales souhaitent redéfinir cet art urbain, discipline du hip hop : le graff est un art mais à certaines conditions. Il doit être encadré, il doit contenir des notions de prévention voir même de « répression éducative ». Au fond cet art urbain doit rentrer dans le moule et se plier aux règles qu’imposent les élus locaux.
Le tag devient alors le cancer de nos villes. Un ennemi à abattre à coup de grands nettoyages, de peinture anti-tag, de répression. Il est décri comme une signature apposée de force sur un mur sans le consentement des gens, comme un gribouillis insignifiant. Le tagger lui est un petit délinquant en puissance, un petit diable des villes turbulent qui agit sans raison, n’ayant aucune démarche artistique. Le tag choque, interpelle : comment certains peuvent-ils se permettre d’écrire sur les murs sans autorisation et matraquer les rues de signes ? La morale peste, elle argue le droit d’avoir un paysage urbain vierge de tout tag.
Le tag et le graff, disciplines du mouvement hip hop, ne sont pas simplement la marque de la petite délinquance mais bien un symbole d’une culture qui a maintenant plus de trente ans. Ce hip hop choque, perturbe, dépasse les limites (parfois de la loi) mais existe toujours dans les années 2000 malgré ses détracteurs, malgré la censure et malgré certains médias. Si on pousse plus loin, on peut noter que cet art pictural est très ancien, que déjà des hommes peignaient des murs à la préhistoire. Cela représente la marque d’une époque, un témoignage.
Le paradoxe dans tout cela, par rapport à notre société, c’est le fait que le monde s’offusque du tag mais n’a rien à dire sur ces propagandes modernes que l’on nomme publicité. Le paysage urbain est envahit par des centaines de panneaux d’affichages, recouvert de marques, de slogans racoleurs. On a inventé les panneaux électriques afin de mettre plus de pub sur un seul espace d’affichage. Mais étrangement la pensée moderne arrive à faire passer cette publicité là pour de la communication... et le tag pour du vandalisme.
Le tag ne vend rien. Le tag raconte une histoire, il renvoie l’image d’une société imparfaite, d’une erreur dans la matrice. Le tag est l’expression d’une culture qui souhaite se faire entendre, en toute humilité et sincérité. La pub racole. Elle s’affiche devant nos yeux, clinquante, elle nous persuade. La pub invente des besoins, ment, et se sert de la femme comme d’un objet. La pub est hors la loi lorsqu’elle vend de l’alcool mais elle ne risque rien car elle est le symbole fort du capitalisme. La pub est la sirène de la consommation, qui charme à coup de slogans afin d’influencer le comportement du peuple. En opposant réellement le tag et la publicité, en prenant en compte leurs différences de causes et de conséquences on peut se poser la question suivante : qui est nuisible ?
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