- « Aujourd’hui, on est Sarkozyste ou un voyou, un marginal »
- Interview de Hamé, membre du groupe de Rap La Rumeur,
- Propos recueillis par Karl Laske, journaliste à Libération, Contre Journal
Alors que Nicolas Sarkozy a montré du doigt la « voyoucratie », Hamé, du groupe La Rumeur, revient sur la stigmatisation des jeunes des quartiers. Il dénonce « la militarisation de l’intervention de la police » à Villiers-le-Bel. « Les médias sont devenus des supplétifs de la police, juge-t-il. On a l’impression d’avoir à faire à des courroies de transmission des enquêtes et des contre-enquêtes que la police mène sur elle même et des conclusions qu’elle tire ». La Rumeur est en procès depuis 2002 pour avoir parlé des « frères abattus par les forces de police » et de leurs « assassins jamais inquiétés ».
Vous faites l’objet depuis cinq ans de poursuites du ministère de l’intérieur pour avoir écrit, je cite : « les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police, sans que les assassins n’ait été inquiété ». Cinq ans de procédure c’est la preuve d’un entêtement de l’Etat à votre égard, mais aussi de votre capacité à lui tenir tête ? Hamé : Depuis le début de cette procédure contre nous, nous cherchons à défendre notre légitimité à écrire, et à remettre en cause les brutalités policières illégitimes, et les crimes policiers impunis. On l’a fait, on l’a écrit, cela nous ai reproché, on nous accuse de diffamation. Et depuis le début, nous essayons d’expliquer que cela renvoie à quelque chose d’extrêmement profond. Quelque chose que, manifestement, le Ministère de l’Intérieur et l’Etat ne veulent pas voir en face. C’est un noeud, et depuis cinq ans on tourne autour et on appuie.
Vous allez dans la procédure avec des explications, des témoins, sur l’histoire de la police... Hamé : On est face à un acte de censure. Une tentative de vouloir faire taire la Rumeur. Il s’agit pour nous d’assumer la dimension politique de cette attaque. D’avoir une défense politique. De revenir au fond des termes attaqués, et de mettre en perspective politiquement et idéologiquement ce à quoi cela renvoie. Cela nous amène à remuer une histoire qui ne passe pas. Plus qu’une histoire. C’est quelque chose qui a des répercutions gravissimes sur le présent. Ce n’est pas une période de l’histoire française exposée sous cloche. C’est sanglant. Cela fait des morts tous les mois. Toutes les semaines.


